Il est toujours intéressant de se pencher sur les éminences grises de l’Elysée car au fond c’est désormais là où se situe le vrai pouvoir de la France. Au détour de tribunes nichées au fin fond des quotidiens, on peut y décrypter la réalité idéologique de Sarkozy et de ses intentions futures.

Mercredi, je suis tombé sur celle de Franck Louvrier, conseiller pour la communication et la presse de son état, avec un bien bel intitulé « L’information de qualité n’est pas soluble dans le haut débit »… déjà, on sent chez ce monsieur, un certain parti pris, brandi comme un ancien soixante-huitard.

Ce texte commence d’ailleurs sur cette référence… en gros, ils l’ont rêvé (les soixante-huitards), Internet l’a fait ; durant trois paragraphes c’est une ôde à la liberté, à l’information libre… «Cet espace public d’expression et de débat, bâti hier à coups de pavés, est aujourd’hui à la portée d’un simple clic »… ¨. Ca commence à m’énerver, il ne se passe pas un jour sans qu’un média nous fasse cette référence… est-ce un signe qu’écrasante majorité de nos éditorialistes et analystes politiques ont dépassé le stade des quinquagénaires…

Bien entendu, il se félicite de l’émergence de ce citoyen apte à produire de l’information grâce à ces nouveaux outils… « Cette évolution technique augmente de façon révolutionnaire notre capacité à rendre public »… Ah pour tout dire, c’est joliment écrit, on sent qu’il a dû suer sang et eau pour l’écrire sa tribune… pour la rendre présentable… au fond… c’est trop beau pour être honnête… et c’est dans les paragraphes suivant qu’on sent ses accents réactionnaires.

Ca arrive sereinement au détour de l’évolution du modèle économique de la presse… ce passage du payant au gratuit… où on sent entre les lignes ce partage entre le bien et le mal. Toujours doucereux dans le propos, intelligent dans la construction, Louvrier tente de gommer cet écart en redisant tout le bien qu’il pense de cette démocratisation, en allant même jusqu’à rappeler le joyeux temps de l’ORTF…

C’est ensuite qu’on rentre dans l’idéologie et le hard de la pensée néoconservatrice, avec ce principe de base du « c’est pour votre bien »… « Le développement technique d’Internet amène un premier paradoxe, qui présente un risque pour la vie privée du citoyen »… et pour moi une question : que vient faire ma vie privée de citoyen dans le débat… j’ai la réponse quelques lignes plus bas…  « …par la pression de l’actualité «en temps réel», fait primer le commentaire sur l’explication et le scoop sensationnel sur l’information vérifiée… Faisons en sorte que les circuits économiques de l’Internet ne sacrifient pas l’information de qualité» le tout assaisonné à la “mode” du gratuit et on obtient même si ce n’est pas dit comme tel : la presse de caniveau, la télé poubelle sont arrivées à cause de la gratuité d’Internet… avant que nenni.

Trois autres petites phrases m’ont également interpellé.

La première « Dans cet écart s’érode la légitimité des grands noms de la presse et la confiance du citoyen »… Une réflexion en passant… peut être tout simplement parce que le citoyen-lecteur est las de lire les mêmes jugements, les mêmes constats du « on ne peut pas faire autrement » et que celui attend justement des avis différents, des prises de position plus originales. Peut-être aussi une façon de dire leur dire, messieurs les éditorialistes si vous coopérer, l’Elysée sera là pour vous aider…

La deuxième est pour moi beaucoup plus inquiétante…notre communicant se pose en garant de la vérité … « Faisons en sorte que ce nouvel espace de liberté tant rêvé ne se construise pas en dehors d’une aspiration plus large à la vérité. Car il n’y a pas de société libre et démocratique sans un citoyen bien informé »… Or qu’est-ce que l’information vraie ? Pour moi il y a un fait… ensuite arrive son interprétation forcément subjective… c’est à partir de là qu’il devient un information… et en aucun cas, elle ne peut tendre à la vérité. Quand j’écris un article,je ne prétends pas à la vérité seulement à ma subjectivité que j’essaye d’étayer par des faits… la nuance me parait essentielle et indivisible.

Enfin… et j’ai préféré garder le meilleur pour la fin car c’est à la fin du papier… « Un espace de liberté n’est pas un lieu où tout est permis ». En clair et si vous vous voulez un décodeur… le temps du contrôle et de la censure va revenir… c’est d’ailleurs dans les tuyaux depuis un certain temps. A un moment avait été évoqué un permis de bloguer (cf infos du net ), certains éditorialistes avaient également hurlés contre les blogueurs (un papier sur Joffrin ici même, il y a quelques mois), les raccourcis intellectuels de Sarkozy et Morano sur l’Internet censé être incarné par la seule pédophilie… Au moins, on est prévenu… et je ne suis pas certains que les assises du numérique enraille cette belle mécanique.

Au final, je retiens deux choses de cette tribune.

1° quand un gouvernement parle de vérité et de contrôle, je suis inquiet pour mes libertés de citoyens.

2° Nous avons un nouvel exemple du discours de Sarkozy. On commence un sujet sur un terrain où on ne l’attend pas, pour glisser tranquillement, après qu’on ait baissé la garde, vers une logorrhée réactionnaire et néoconservatrice sans nuance.

Edit
: au moment de publier, je tombe sur cette info : “Les changements envisagés par TF1 font forcément plaisir à l’Elysée”… PPDA par Laurence Ferrari… (source tempsréel)… ah ben… rien de mieu
x effectivement pour contrôler la vérité…

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