« Un des points majeurs du plan chinois réside dans la réforme de la TVA qui permettra des économies importantes pour les entreprises locales »

(Easybourse.com) Quel regard portez-vous sur la situation économique et financière de la Chine à l’heure actuelle ?
Le premier enseignement, c’est que la Chine n’est pas isolée du monde, malgré ses différentes barrières économiques (contrôle des changes, barrières à l’investissement, normes différentes, etc), et subit la crise plus rapidement que prévue, mais dans une mesure et pour un temps que j’ai du mal à évaluer.
On savait les exportations touchées (faillite de PME exportatrices) dans certains secteurs comme le textile, l’acier, les jouets, l’immobilier en refroidissement (après les accusations d’être une des grandes sources de la surchauffe) et le prix des actifs boursiers en chute libre (environ moins 65% en un an à Shanghai et Shenzhen).
Pour autant il existe des soupapes de sécurité pour soutenir la croissance.
La consommation interne est semble-t-il plus dynamique que prévue. En outre, la Chine a la possibilité de jouer sur le ressort de la commande publique comme l’illustre le plan de 455 milliards récemment adopté.
Le deuxième enseignement, c’est que la Chine ne feint plus d’ignorer le reste du monde-la banque centrale de Chine (POBC) a le 8 octobre baissé ses taux directeurs en même temps que 7 autres banques centrales- et prend la crise au sérieux sans spéculer ou parier, comme les analystes l’ont fait dans le passé récent, sur le découplage des économies asiatiques du reste du monde.
Elle adopte aussi une politique volontariste avec son plan de relance, certainement parce qu’une baisse trop forte de la croissance ne serait pas socialement tenable. On est en effet dans un pays où le coefficient de Gini s’est accru dans le mauvais sens; la croissance a créé de très fortes inégalités de revenus, même si elle a sorti de la pauvreté 400 millions de personnes.
Une moindre croissance ne serait certainement pas prête de combler les disparités et peut-être les rendrait encore moins supportable socialement, voire politiquement.
La Chine ne peut pas se permettre de perturber le compromis trouvé depuis Deng Xiaoping: du pain et des Jeux (fierté nationale) en échange d’une non-contestation politique. Les Jeux sont faits, les ressorts du nationalisme sont satisfaits; il ne faudrait pas que le pain (qui faisait cruellement et régulièrement défaut sous Mao à la suite de ses folies économiques) se fasse moins abondant.
Je suis donc prudent dans le regard que je porte sur cette crise, mais relativement confiant dans la volonté et la capacité de rebond de la Chine et dans le fait que cela restera une destination prioritaire des IDE.
De quelle manière avez-vous appréhendé l’annonce du plan de 455 milliards d’euros jusqu’à la fin 2010 ?
Pour notre quotidien d’avocats, l’essentiel réside dans les mesures d’accompagnement fiscal (réforme de la TVA) et financière (levée de restrictions sur le crédit des banques), plus que dans le programme de commandes publiques que cela induit, sauf si cela peut indirectement profiter à notre clientèle d’investisseurs étrangers - ce qui est tout à fait possible pour ce qui est du secteur des infrastructures (par exemple l’extension du réseau ferré chinois, etc).
Il reste qu’au delà de l’annonce, on n’a pas encore entre les mains le texte de la réforme fiscale pour pouvoir saisir sa portée. L’idée reste cependant simple: faire faire des économies aux acteurs industriels de l’ordre de 120bn RMB.
Il s’agit de faire en sorte que la TVA devienne un véritable impôt sur la consommation dont le consommateur supporte, comme partout ailleurs dans le monde, la charge ultime : il s’agira de faire en sorte que le crédit de la TVA d’amont sur les achats d’actifs immobilisés puisse s’imputer sur le TVA collecté en aval. Jusqu’à présent, ce n’était pas possible et donc cela pénalisait la production. Si cette réforme est avérée, cela constitue une bonne nouvelle.
Depuis son plus haut historique du 16 octobre 2007, à 6092 points, l’indice composite de la Bourse de Shanghai est tombé à quelque 1700 points, soit une dégringolade de 77%. Quelles réformes pensez-vous que la Chine a vocation à prendre dans les mois à venir. Doit-on s’attendre à un contrôle plus rigoureux des investissements financiers internationaux ?
Pendant les deux années écoulées, le buzz word était la hot money, les fonds spéculatifs qui entreraient en Chine et permettraient la surchauffe de son économie.
Pendant ces années, la volonté était de restreindre ces flux et de manière générale la spéculation par exemple dans l’immobilier avec les restrictions multiples sur les IDE, ou encore les restrictions diverses sur le crédit.
Le mot n’est plus à l’ordre du jour.
Ces capitaux se sont apparemment taris, et ce n’est pas uniquement eux qui ont fait chuter les bourses chinoises. Par conséquent, je ne pense pas qu’il y aura tellement plus de restrictions qu’aujourd’hui, même si le contrôle des changes chinois n’est pas prêt de s’assouplir significativement de même que les QDII ou les QFII.
La Chine se félicite certainement de son ouverture mesurée au capitalisme de nature strictement financière et de l’exposition assez limitée de ses banques aux subprimes (même si BOC ou ICBC ont été affectés), car cela limite tout de même les mécanismes de contagion de la crise internationale en Chine.
Quelles sont les principales mesures réglementaires qui ont été prises dans le but de stimuler la consommation domestique ? Pour encourager le développement entrepreunarial ?
On voit déjà un assouplissement des contraintes en matière immobilière (réduction de 30 à 20% du montant obligatoire d’apport personnel dans un achat immobilier, mesures pour faciliter l’achat du premier logement).
On voit plus généralement un assouplissement des mesures pour faciliter le crédit (réduction des taux directeurs de PBOC et corrélativement des limites dans lesquelles les banques peuvent prêter, réduction des taux de réserves obligatoires des banques).
Le PBOC a aussi fait une récente annonce pour que les banques financent plus les PME-PMI. Il faudra voir ce que cela signifie concrètement.
Des incitations fiscales ont déjà été définies, toutefois un certain nombre d’économistes s’attendent à d’autres incitations sous la forme d’allègements ou de subventions dans les mois qui viennent. Qu’en pensez-vous ?
C’est possible, mais il y a déjà eu une réforme fiscale cette année qui remet à plat les différentes subventions.
Si subventions/allègements il y a, ce sera dans des domaines précis en liaison avec le plan de relance précité (l’environnement, l’éducation, le monde rural, les infrastructures, le transport, la high tech) ou dans des régions très particulières (le Sichuan après le tremblement de terre, ou l’ouest de la Chine mal développé)
Inversement, quelles mesures ont été adoptées ou pourraient être prises à l’avenir dans le but de décourager certains investissements directs ou indirects, dans des régions spécifiques, des secteurs en particulier ?
Je n’en anticipe aucune de précises à ce jour, en tout cas pas en liaison évidente avec la crise.
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