Après avoir fait un carton en téléfilm, le phénomène High school musical débarque aujourd’hui au cinéma. Cette comédie musicale des studios Disney, rythmée et proprette, met le feu chez les 6-14 ans. Entrons dans la danse…

Accoudée à une barrière de sécurité, Doriane, 12 ans, a du mal à contenir son excitation. Elle porte un tee-shirt rouge barré d’un High school argenté et attend frénétiquement que les idoles de sa jeune vie débarquent enfin. Bienvenue sur le trottoir du cinéma parisien le Grand Rex où, voici quelques jours, le troisième épisode de cette comédie musicale était projeté en avant-première et en présence de l’équipe. « J’me sens mal, j’me sens mal ! Enfin, je vais le voir, pour de vrai. » Qui ? « Ben… Zac Efron, celui qui joue Troy, le héros du film. Il est trop, trop beau. Il a des yeux bleus Caraïbes ! » Ah…
Autour d’elle, une ribambelle de copines gazouillent à loisirs, évoquant, par le menu, les qualités de ce jeune homme qui les transportent. « Il danse trop bien. » « Il chante trop bien. » « Il joue trop bien au basket », renchérit Samuel 11 ans, car les garçons sont aussi dans la danse. Devant le tapis rouge, forces de l’ordre et service de sécurité tentent de calmer tout ce jeune enthousiasme. « C’est dingue, confie un policier décontenancé. J’avais jamais entendu parler de ce truc, mais visiblement ça attire du monde. Ils sont énervés les gamins… » Et il n’a pas tout vu.
À l’intérieur du cinéma, on frise l’hystérie. Avant la projection du film, des extraits des précédents épisodes sont diffusés. À chaque apparition de Troy et de son amoureuse Gabriella, des cris prépubères à vous déchirer les tympans jaillissent dans la salle. À tour de rôle, des pères de famille, venus accompagner leurs progénitures, sortent pour respirer. Parmi eux, le réalisateur Luc Besson. « Ce n’est plus notre âge », lâche-t-il dans un sourire.
Le « coeur de cible »? Dès l’école primaire et jusqu’au début du collège. Et là, ça marche à plein tube. Pour bien comprendre le phénomène, rembobinons trois ans arrière. Aux États-Unis, les studios Disney sont alors en quête d’une nouvelle idée, une histoire fédératrice.
Le succès des émissions de télévision comme American Idol (l’équivalent US de la Star Ac’) met la puce à l’oreille de Gary Marsh, l’un des patrons de Disney. Les jeunes s’identifient facilement à ces nouvelles vedettes sorties de nulle part, la musique les réunit : voilà un bon point de départ. Imaginons donc un lycée modèle américain, sans armes ni violences, prenons quelques ados bien stéréotypés, le beau gentil, la brune amoureuse, la blonde pimbêche et le black sympa… Créons une musique rythmée, sucrée, des chorégraphies endiablées et secouons le tout. Et voilà une comédie musicale bien balancée, très familiale, qui connaît rapidement un succès foudroyant sur Disney Channel. Un deuxième épisode est rapidement mis en route. Le soir de sa première diffusion aux États-Unis, il dépasse les 18 millions de téléspectateurs. Un record pour une chaîne câblée.
« High school est une chronique joyeuse des années ados, elle fait rêver les jeunes, estime Hélène Etzi, vice-présidente de Disney télévision France. Ils peuvent facilement s’identifier aux héros et le message est simple : crois en toi et tu iras au bout de tes rêves. » Basique mais efficace. Aujourd’hui, plus de 400 millions de personnes dans le monde ont vu l’un des films. Et les recettes des produits dérivés ont bondi de 400 millions à 2,7 milliards de dollars !
Retour devant le Grand Rex. Julien, 20 ans (presque un vieux dans l’assistance), attend cette soirée avec impatience. « Chaque génération a une comédie musicale qui lui parle, de Fame à Moulin Rouge. Pour moi, c’est celle-là. Elle fait référence à mes années lycée, à la peur de grandir, aux amours de jeunesse. Je connais les chansons par coeur, je suis même capable de danser certaines chorégraphies. »
Comme lui, ils sont des milliers de fans à consulter régulièrement sur Internet le blog de Maxime Gueny, 21 ans, entièrement dédié au film (www.highschoolmusical.musicblog.fr). « Environ 4 000 personnes se connectent par jour, explique-t-il. Ils viennent chercher des infos, des vidéos sur leurs héros préférés. » Étudiant en information et communication, il a créé lui-même ce site. Maxime était d’ailleurs invité, au même titre que les journalistes des médias nationaux, à la conférence de presse de l’équipe du film. « Aujourd’hui, mon blog est un média entre les artistes et les fans. Je crée du buzz(de la circulation d’infos) sur le Net. »
Admiratif du travail des studios Disney, il reste lucide sur le contenu. « Disney a su donner une image idéale, presque magique des adolescents américains en quête de réussite personnelle. Tout est beau, lisse… En même temps, dans des périodes de doute, je crois que cela fait du bien. »
Reste à savoir comment, dans la vraie vie, ces acteurs âgés d’une vingtaine d’années vont gérer ce succès planétaire et le salaire qui va avec. Les précédents poulains sortis de l’écurie Disney ont du mal à revenir dans la vraie vie. La chanteuse Britney Spears et la jeune actrice Lindsay Lohan ont toutes deux régulièrement défrayé la chronique et pris des abonnements aux cures de désintoxication.
Philippe LEMOINE.
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