Les mensonges d’Al-Jazira retentissants à l’oeil nu

Journalisme, Politique, TV 17 juin, 2008

La chaîne “Al-Jazira”, qui se présente tout au long de son existence d’une douzaine d’années comme la détentrice après Dieu de la vérité absolue, persiste et signe dans son refus de reconnaître que dans sa relation des événements de Sidi Ifni, elle avait fait gravement fausse route, alors même que la démarche inverse lui aurait permis d’expier ses imprudences professionnelles aujourd’hui reconnues même par ses inconditionnels.

Pour se disculper de cette comédie médiatique matérialisée par des morts imaginaires chiffrés au cadavre près, la chaîne qatari a rendu public un communiqué truffé de mensonges, qui l’enfonce dans une comédie tout court, relevant de la logique de l’escalade et du recours au bouc émissaire.

Quand on sait que le bouc émissaire choisi n’est autre que la victime, en l’occurrence le Maroc, on comprend aisément que c’est en fumées abondantes que les responsables d’”Al-Jazira” avaient senti le brûlé, tant leur position était intenable.

“Al-Jazira” affirme en effet dans son communiqué que les raisons de la faute résident dans le fait que : “les autorités marocaines avaient refusé de nous parler, de nous permettre de couvrir ces évènements et qu’elles n’avaient rendu publique aucune déclaration” (fin de citation).

Il y a là assurément un coup de griffe polémique sur fond de mensonge et d’amalgame.

Admettons que ce refus supposé des autorités marocaines était réel, est-ce une raison d’aller puiser dans l’approximatif, l’à peu près et les impressions fantaisistes pour parler de mort d’hommes avec une si grossière légèreté ?.

Admettons que ces mêmes autorités n’avaient rendu public aucun communiqué, cela signifierait-il pour autant qu’il faille s’affranchir des règles du métier et des normes de la déontologie pour voguer dans l’immense désert du n’importe quoi ?.

Ce sont là des questions auxquelles les responsables d’”Al-Jazira” auront du mal à trouver réponses convaincantes.

En fait, la réalité du fil des événements est tout autre, et les responsables de la chaîne qatari - qui n’est pas reçue à Qatar, soit dit en passant - doivent à la vérité de reconnaître que leur bureau de Rabat avait bel et bien contacté les services compétents du Ministère de l’intérieur plus d’une heure et demi avant qu’il ne fasse la moindre mention sur les événements de Sidi Ifni. Lesdits services lui avaient signifié en toute clarté qu’il n’y avait pas de morts, ni dans cette ville, ni à son port qui était assiégé.

Quelques instants plus tard, l’agence MAP avait diffusé un communiqué officiel ne faisant état que de blessés et d’interpellations.

Obnubilé par le “scoop” à tout prix, le bureau d’”Al-Jazira ” est passé outre, pour façonner les évènements à sa guise, leur choisir le contexte voulu et, sans pudeur, en dresser le bilan.

Pareilles démarches aux antipodes des A.B.C. du métier ne peuvent à l’évidence que desservir cette chaîne qui s’abstient jusqu’à présent de percer son tonneau de “vérités” pour parler du Qatar qui lui offre gracieusement gîte et couvert. Curieuse conception de l’information qui s’arrête pour cette chaîne des “vérités” aux frontières de ce pays frère.

D’autre part, la chaîne “Al-Jazira”, étant dûment accréditée au Maroc, donc autorisée à y exercer, n’avait nul besoin de solliciter une quelconque autorisation de qui que ce soit pour se rendre à Sidi Ifni, comme d’autres chaînes étrangères l’avaient fait et y avaient réalisé les reportages qu’elles voulaient.

“Al-Jazira” avait réalisé, par le passé, toute une série de reportages sur le Maroc, longeant le Royaume du Nord au Sud, d’Est en Ouest, sans que ses reporters aient besoin à un moment donné de l’assentiment d’une quelconque autorité.

Nul ne peut s’empêcher, à la lecture du communiqué d’Al-Jazira, de se demander si ses auteurs établis à Doha étaient réellement informés de l’ensemble des données précitées ou si, au contraire, le bureau de Rabat ne leur en transmet que les bribes choisies au gré des circonstances ? Comment fonctionne, pour autant qu’elle existe, la coordination entre le bureau de Rabat et sa hiérarchie à Doha ? A sens unique ou par éléments d’informations au besoin vérifiés surtout quand il y a anguille sous roche comme c’est manifestement le cas.

C’est d’autant plus important que certains milieux marocains s’étaient fondés imprudemment sur ce communiqué criant de contrevérités pour apporter leur soutien à la chaîne qatari.

Ce n’est pas faire injure à “Al-Jazira” que de lui rappeler qu’en matière informationnelle, un mot de travers peut, dans des circonstances particulières, devenir un bâton de dynamite et que le travail d’un journaliste consiste en gros à opérer le nécessaire distinguo entre les faits vérifiés et les rumeurs colportées.

Dieu sait que c’est facile à dire, difficile à faire. Mais quand on choisit ce métier, on le choisit avec ses impératifs et ses contraintes

Les micros et les caméras rameutés ne dispensent personne de se plier à la loi édictée, votée et promulguée pour être respectée par tous.

La loi est en effet ce garde-fou qui empêche les gens, journalistes compris, de se pervertir dans la liberté reine.

Il est vrai que le travail sous pression implique fatalement des erreurs.

Mais de là à jouer les cascadeurs de l’information, à apostropher pour s’exhiber en catastrophistes, qui plus est sur un écran de télévision, à l’ère de l’écran que nous vivons, il y a un grand pas qu’il faut s’interdire de faire.

A défaut donc d’articuler un argumentaire recevable, “Al-Jazira” du Qatar a choisi la fuite en arrière. C’est l’histoire du truand qui, assiégé de tous les côtés, confie son destin au hasard de la cavale.

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Internet:nouvelle menace pour l’Elysée

Drôle, Général, Journalisme, Politique 9 juin, 2008

Il est toujours intéressant de se pencher sur les éminences grises de l’Elysée car au fond c’est désormais là où se situe le vrai pouvoir de la France. Au détour de tribunes nichées au fin fond des quotidiens, on peut y décrypter la réalité idéologique de Sarkozy et de ses intentions futures.

Mercredi, je suis tombé sur celle de Franck Louvrier, conseiller pour la communication et la presse de son état, avec un bien bel intitulé « L’information de qualité n’est pas soluble dans le haut débit »… déjà, on sent chez ce monsieur, un certain parti pris, brandi comme un ancien soixante-huitard.

Ce texte commence d’ailleurs sur cette référence… en gros, ils l’ont rêvé (les soixante-huitards), Internet l’a fait ; durant trois paragraphes c’est une ôde à la liberté, à l’information libre… «Cet espace public d’expression et de débat, bâti hier à coups de pavés, est aujourd’hui à la portée d’un simple clic »… ¨. Ca commence à m’énerver, il ne se passe pas un jour sans qu’un média nous fasse cette référence… est-ce un signe qu’écrasante majorité de nos éditorialistes et analystes politiques ont dépassé le stade des quinquagénaires…

Bien entendu, il se félicite de l’émergence de ce citoyen apte à produire de l’information grâce à ces nouveaux outils… « Cette évolution technique augmente de façon révolutionnaire notre capacité à rendre public »… Ah pour tout dire, c’est joliment écrit, on sent qu’il a dû suer sang et eau pour l’écrire sa tribune… pour la rendre présentable… au fond… c’est trop beau pour être honnête… et c’est dans les paragraphes suivant qu’on sent ses accents réactionnaires.

Ca arrive sereinement au détour de l’évolution du modèle économique de la presse… ce passage du payant au gratuit… où on sent entre les lignes ce partage entre le bien et le mal. Toujours doucereux dans le propos, intelligent dans la construction, Louvrier tente de gommer cet écart en redisant tout le bien qu’il pense de cette démocratisation, en allant même jusqu’à rappeler le joyeux temps de l’ORTF…

C’est ensuite qu’on rentre dans l’idéologie et le hard de la pensée néoconservatrice, avec ce principe de base du « c’est pour votre bien »… « Le développement technique d’Internet amène un premier paradoxe, qui présente un risque pour la vie privée du citoyen »… et pour moi une question : que vient faire ma vie privée de citoyen dans le débat… j’ai la réponse quelques lignes plus bas…  « …par la pression de l’actualité «en temps réel», fait primer le commentaire sur l’explication et le scoop sensationnel sur l’information vérifiée… Faisons en sorte que les circuits économiques de l’Internet ne sacrifient pas l’information de qualité» le tout assaisonné à la “mode” du gratuit et on obtient même si ce n’est pas dit comme tel : la presse de caniveau, la télé poubelle sont arrivées à cause de la gratuité d’Internet… avant que nenni.

Trois autres petites phrases m’ont également interpellé.

La première « Dans cet écart s’érode la légitimité des grands noms de la presse et la confiance du citoyen »… Une réflexion en passant… peut être tout simplement parce que le citoyen-lecteur est las de lire les mêmes jugements, les mêmes constats du « on ne peut pas faire autrement » et que celui attend justement des avis différents, des prises de position plus originales. Peut-être aussi une façon de dire leur dire, messieurs les éditorialistes si vous coopérer, l’Elysée sera là pour vous aider…

La deuxième est pour moi beaucoup plus inquiétante…notre communicant se pose en garant de la vérité … « Faisons en sorte que ce nouvel espace de liberté tant rêvé ne se construise pas en dehors d’une aspiration plus large à la vérité. Car il n’y a pas de société libre et démocratique sans un citoyen bien informé »… Or qu’est-ce que l’information vraie ? Pour moi il y a un fait… ensuite arrive son interprétation forcément subjective… c’est à partir de là qu’il devient un information… et en aucun cas, elle ne peut tendre à la vérité. Quand j’écris un article,je ne prétends pas à la vérité seulement à ma subjectivité que j’essaye d’étayer par des faits… la nuance me parait essentielle et indivisible.

Enfin… et j’ai préféré garder le meilleur pour la fin car c’est à la fin du papier… « Un espace de liberté n’est pas un lieu où tout est permis ». En clair et si vous vous voulez un décodeur… le temps du contrôle et de la censure va revenir… c’est d’ailleurs dans les tuyaux depuis un certain temps. A un moment avait été évoqué un permis de bloguer (cf infos du net ), certains éditorialistes avaient également hurlés contre les blogueurs (un papier sur Joffrin ici même, il y a quelques mois), les raccourcis intellectuels de Sarkozy et Morano sur l’Internet censé être incarné par la seule pédophilie… Au moins, on est prévenu… et je ne suis pas certains que les assises du numérique enraille cette belle mécanique.

Au final, je retiens deux choses de cette tribune.

1° quand un gouvernement parle de vérité et de contrôle, je suis inquiet pour mes libertés de citoyens.

2° Nous avons un nouvel exemple du discours de Sarkozy. On commence un sujet sur un terrain où on ne l’attend pas, pour glisser tranquillement, après qu’on ait baissé la garde, vers une logorrhée réactionnaire et néoconservatrice sans nuance.

Edit
: au moment de publier, je tombe sur cette info : “Les changements envisagés par TF1 font forcément plaisir à l’Elysée”… PPDA par Laurence Ferrari… (source tempsréel)… ah ben… rien de mieu
x effectivement pour contrôler la vérité…

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Photos d’Hiroshima : la Hoover s’explique

Général, Journalisme, Politique 14 mai, 2008

Lphotos de Hiroshimaa Hoover Institution, dont les photos d’archives en sa possession - dites collection Capp -, qui étaient supposées avoir été prises peu après le largage de la bombe atomique sur Hiroshima en août 1945, se sont révélées en totalité ou partiellement non authentiques puisqu’il s’agirait de photos du séisme de Tokyo, en 1923, a donné hier une courte explication à cette erreur.

Selon la lettre envoyée au Monde par Richard Sousa, son premier directeur adjoint, la Hoover semble se diriger vers un rejet de toute responsabilité dans l’identification erronée de ces photos. Elle affirme s’être contentée d’“indiquer la source comme provenant d’une pellicule trouvée par M. Capp après le bombardement d’Hiroshima. Ces photos ne se trouvent pas sur le site de la Hoover et la décision de les utiliser et de les publier par le professeur Malloy sur son site a été son choix. [Ce dernier] a accepté la déclaration des archives Hoover selon laquelle ces photos provenaient d’un photographe inconnu et a demandé notre assistance pour l’identifier. Ce que nous avons fait rapidement. Toute autre question doit désormais lui être adressée. (…).

Le professeur Malloy, auteur de l’ouvrage La Tragédie nucléaire (en anglais, février 2008), avait obtenu de la famille Capp l’autorisation d’y insérer trois de ces photos. Le 5 mai, la Hoover Institution avait rendu publique une série de dix photos. Ses archives rejettent donc l’erreur sur la famille Capp et sur M. Malloy.

Cette institution aura du mal à persévérer dans cette version. En effet, dans le catalogue des archives de la Hoover, la collection Capp est décrite : “Titre : papiers Robert L. Capp, 1943-1998 (…) Sommaire : enregistrement d’une interview, photographies et divers liés aux lendemains du bombardement atomique d’Hiroshima, Japon. Inclut des photos de la dévastation et des corps de victimes après le bombardement.” (…) Le catalogue donnait trois entrées possibles : “Armée des Etats-Unis ; Bombe atomique ; Guerre mondiale (1939-1945), Japon.”

Sylvain Cypel | Le Monde

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